Histoire de Saint‑Aigulin

Faits divers, anecdotes, curiosités et grandes destinées se croisent ici sans ordre chronologique. Réunis au fil des archives, ces témoignages offrent un regard vivant et parfois inattendu sur l'histoire de Saint‑Aigulin et de ses habitants.

Quand les ânes étaient les rois de la fête

Retour en 1896 : vélocipèdes, pétards et oreilles longues

Le 24 mai 1896, la fête patronale de Saint‑Aigulin battait son plein. Le programme ne manquait pas d'originalité — des courses de vélocipèdes pour les plus téméraires, un feu d'artifice pour l'éclat, et surtout, le clou du spectacle : la célèbre course aux ânes.

À cette époque, Saint‑Aigulin comptait plus de longues oreilles que de voitures. Imaginez la scène : des montures têtues, des jockeys d'un jour et un public en délire. Organiser un tel «Grand Prix» aujourd'hui relèverait du défi, tant pour dénicher les animaux que pour les convaincre de galoper dans le bon sens !

Que l'on soit en 1896 ou aujourd'hui, l'essentiel demeure : le plaisir de se retrouver et de rire ensemble. Même si, il faut l'avouer, un départ de course avec des baudets récalcitrants avait un panache difficile à égaler.

Le grand prix des baudets

1896

Saint‑Aigulin, 1896 — Quand le galop des ânes rythmait la fête patronale.

Esteban Grinan Gomez

Un geste d’héroïsme à Saint‑Aigulin

Ce récit de 1942 met en lumière un moment où l’humanité l’emporte sur les circonstances du conflit.

La presse relate un sauvetage héroïque

6 juillet 1942

Le 6 juillet 1942, en pleine Occupation, la presse relate un sauvetage héroïque : le capitaine de l’équipe de football a porté secours à un soldat allemand en détresse.

Derrière cet acte de bravoure se trouve un homme : M. Esteban Grinan Gomez, originaire de Barcelone. Ce geste de solidarité exemplaire rappelle que l’héroïsme n'a pas de frontières, même au cœur d’une époque tourmentée.

Le capitaine au cœur d’or

1942

Photographié en 1942 au sein de l’équipe de football, Esteban Grinan Gomez (troisième en partant de la gauche) se distingue par son charisme naturel. Derrière cette silhouette de sportif se cache l’homme qui, la même année, bravera les flots pour sauver une vie. Ce cliché d'époque nous restitue le regard d’un homme dont la bonté allait marquer son destin.

Du terrain de Saint‑Aigulin à l’aventure industrielle du verre

Un joueur de football pas comme les autres

L’escale aigulinoise. — Esteban Grinan Gomez trouve à Saint‑Aigulin une terre d’accueil. Travailleur exemplaire et footballeur de talent, il devient le capitaine emblématique de l’équipe locale. C’est ici qu’il réalise, en 1942, son acte d’héroïsme en sauvant un soldat de la noyade.

L’épreuve des camps et l’héritage secret. — De retour en Espagne, il est emprisonné par le régime. Dans l’obscurité d’un camp, il protège et soigne un vieil homme affaibli. Avant sa mort, le vieil homme lui transmet un savoir-faire précieux lié à la fabrication d’ampoules de verre destinées à l’industrie pharmaceutique.

L’ascension industrielle. — Une fois libre, Esteban dépose un brevet révolutionnaire basé sur ce savoir-faire. Ce succès technique le transforme en un entrepreneur de premier plan et lui apporte la fortune.

L’âme d’un champion. — Du stade de Saint‑Aigulin aux sommets de l’industrie, le parcours d’Esteban Grinan Gomez reste un chapitre unique de notre mémoire. Une vie où la bravoure et la droiture ont fini par forger une véritable légende.

Salvador Artigas : Saint‑Aigulin, le club de la Renaissance

Extrait du livre U.S.A.S FOOTBALL

L’histoire de l’Union Sportive Alerte de Saint‑Aigulin

Pilote de chasse et réfugié politique

L’exil vers la France — un destin hors du commun

Saint‑Aigulin, un tremplin décisif avant Bordeaux

Le passage méconnu à Saint‑Aigulin Le renouveau sous les couleurs de l’U.S.A.S — Avant d’illuminer les grands stades et de devenir un entraîneur de légende, c’est sur les terrains de Saint‑Aigulin que Salvador Artigas retrouve le goût du jeu. Loin d'être une simple escale, le club local permet au joueur formé au FC Barcelone de s’épanouir de nouveau et de renouer avec la ferveur du football. Cette étape saint-aigulinoise agit comme un véritable tremplin, le conduisant à signer son premier contrat professionnel avec les Girondins de Bordeaux. Aujourd’hui encore, cet épisode demeure un chapitre méconnu mais remarquable dans le parcours de cette grande figure du football espagnol.

Sur les terrains : le joueur

Le parcours de Salvador Artigas comme joueur traverse l’Espagne, la France… et Saint‑Aigulin, étape méconnue mais décisive de sa renaissance sportive après l’exil.

1930–1936

Débuts au FC Barcelone puis au Levante UD, jusqu’à l’éclatement de la guerre civile espagnole.

Vers 1938

Passage à Saint‑Aigulin, où il retrouve les terrains sous les couleurs de l’U.S.A.S.

1938–1939

Signature aux Girondins de Bordeaux.

1939–1944

Transfert au Mans UC durant les années de guerre.

1944–1949

Défenseur du Stade Rennais.

1949–1952

Retour en Espagne sous les couleurs de la Real Sociedad.

1952–1955

Fin de carrière comme joueur au Stade Rennais.

Sur le banc : l’entraîneur

Après sa carrière de joueur, Salvador Artigas devient l’un des entraîneurs les plus respectés de son époque, en France comme en Espagne.

1952–1955

Premiers pas d’entraîneur au Stade Rennais.

1955–1959

Entraîneur de la Real Sociedad.

1960–1967

Figure emblématique des Girondins de Bordeaux, qu’il installe durablement parmi l’élite du football français.

1967–1969

Entraîneur du FC Barcelone — vainqueur de la Copa del Rey en 1968.

1969

Sélectionneur de l’équipe nationale d’Espagne pendant quatre rencontres.

1969–1970

Entraîneur du Valence FC — finaliste de la Copa.

1970–1971

Direction de l’Elche Club de Fútbol.

1971–1972

Entraîneur de l’Athletic Bilbao.

1972–1973

Dernière expérience professionnelle au FC Séville.

L’envolée lyrique de l’U.S.A.S.

Quand Goulebenéze chausse les crampons

Il fallait bien la verve d'Évariste Poitevin — dit Goulebenéze, voix emblématique de la poésie charentaise — pour rendre hommage comme il se doit aux hommes du ballon rond saint-aigulinois. Dans cet extrait savoureux tiré du livre consacré à l'histoire du football local, le barde célèbre avec son esprit pétillant et sa langue bien pendue les dirigeants et les joueurs du club. L'humour du poète y épouse la passion du maillot, offrant à l'U.S.A.S. une immortalité que nul palmarès n'aurait pu lui garantir seul.

Le football raconté par le barde

Rare témoignage d'époque, ce texte voit l'une des plus grandes plumes de la région poser son regard malicieux sur l'épopée locale du ballon rond. Une façon unique, et irremplaçable, de faire entrer le football de Saint‑Aigulin dans la légende.

Une tournée générale... en ligne droite !

La traversée du bourg en 1944 par Claude Chapeau —

Avec malice et tendresse, le récit égrène les figures locales : du médecin de famille aux commerçants, des artisans au garde-champêtre, sans oublier les joueurs et dirigeants de football. Une chronique qui démontre que la ligne droite est parfois le chemin le plus court pour relier le présent à la mémoire collective.

L’épopée du quotidien et du terrain

Quand le théâtre de la rue rencontre celui du sport. Ce document immortalise les visages et les figures emblématiques de Saint‑Aigulin dans une mise en scène pleine d'esprit et de vérité locale.

Tout en ligne droite !

Ce texte, aux allures de pièce de théâtre, nous entraîne dans une déambulation mémorable au cœur de Saint‑Aigulin. La règle d'or ? Ne jamais dévier. Une consigne finalement aisée à respecter, tant le bourg s'articule naturellement autour de sa Grande Rue toute en longueur.

Le foot en habit de soirée

Avril 1953 : France Football s'intéresse à un bourg de 1 500 habitants niché en Charente-Maritime. Pas n'importe lequel. Saint‑Aigulin, dont le club enchaîne les titres régionaux avec une constance remarquable, a eu l'audace d'inviter l'Opéra de Bordeaux pour renflouer ses caisses. Du grand art, au sens propre comme au figuré.

Quand le football et le chant lyrique se donnent rendez-vous au bord de la rivière, cela mérite bien les colonnes de la presse nationale.

Le spectacle au service du maillot

1953

Article de Claude Chapeau, France Football, avril 1953. Un hommage à l'audace des dirigeants et à cette soirée singulière où l'art s'est mis au service du maillot.

Quand Saint‑Aigulin vivait au rythme des grandes fêtes paroissiales

Ce document exceptionnel témoigne de l'importance de la vie religieuse et associative à Saint‑Aigulin au début du XXᵉ siècle. Il relate le premier congrès paroissial organisé par le groupe Saint-Fort et rassemble, autour d'une même journée, cérémonies religieuses, défilés, banquet, exercices de gymnastique et manifestations de foi.

À travers le récit enthousiaste du journaliste, se dessine le portrait d'une commune animée par une jeunesse engagée, où les grandes fêtes paroissiales constituaient des événements majeurs de la vie locale. Elles réunissaient habitants, familles et visiteurs dans une ambiance mêlant spiritualité, convivialité et sentiment d'appartenance à la communauté.

Congrès paroissial de Jeunesse catholique à Saint‑Aigulin

5 novembre 1911

Congrès paroissial de Jeunesse catholique à Saint‑Aigulin. Cet article publié dans La Croix de Saintonge et d'Aunis du 5 novembre 1911 relate une journée de fête, de foi et de convivialité organisée par le groupe Saint-Fort.

Les fêtes d’écoles laïques

Cette photographie publiée dans La France de Bordeaux et du Sud-Ouest du 10 juillet 1934 illustre l'une des représentations données à l'occasion de l'inauguration de la salle des fêtes de Saint‑Aigulin.

On y voit un groupe de jeunes filles exécutant un ballet rythmé intitulé Jolis bras blancs, témoignage de l'importance accordée aux spectacles scolaires et aux fêtes laïques dans la vie locale de l'époque. Ces manifestations rassemblaient familles, habitants et élus autour des élèves, dans une ambiance à la fois festive, éducative et républicaine.

Du vin de messe... à la maison d'arrêt

Au printemps 1904, la presse se passionne pour l'affaire de l'abbé Charles Cau, personnage haut en couleur qui se présentait comme prêtre missionnaire et directeur d'un prétendu orphelinat agricole implanté entre La Roche-Chalais et Saint‑Aigulin.

Pour inspirer confiance, l'intéressé diffusait brochures et prospectus vantant un vaste domaine cultivé par de jeunes orphelins et produisant, selon ses dires, un excellent vin de messe. Malheureusement pour lui, l'établissement n'existait que dans son imagination et les enquêteurs finirent par s'intéresser de près à ses activités.

L'affaire fit suffisamment de bruit pour parvenir jusqu'aux colonnes de plusieurs journaux. Entre faux orphelinat, lettres de change douteuses et commerce de vin prétendument destiné aux autels, l'ex-abbé passa rapidement du rôle de directeur d'œuvre charitable à celui de pensionnaire de la maison d'arrêt de Jonzac.

Le Radical, 17 mars 1894

17 mars 1894

La presse parisienne s'empare de l'affaire de l'abbé Charles Cau et titre sans détour : « Scandale clérical ».

1903 : Le scandale du notaire

De l’étude aux travaux forcés

La chute d’un notable

Derrière la façade respectable de l'étude se cachait une réalité sombre. Inculpé d'abus de confiance et de faux, cet homme de loi avait trahi sa profession et spolié ceux qui lui avaient accordé leur confiance. Le verdict ne laissait aucune place à l’indulgence : la condamnation aux travaux forcés à perpétuité marquait alors l’une des peines les plus sévères de la justice française.

Pour ce notable respecté, la chute était totale et sans retour. Ce scandale illustre avec force qu'en cette Belle Époque, la justice se montrait impitoyable envers les officiers ministériels ayant failli à leur serment.

Le verdict

12 août 1903

Extrait du Journal, L’Echo Rochelais du 12 août 1903. La condamnation aux travaux forcés à perpétuité du notaire de Saint‑Aigulin.

Des jeunes de Saint‑Aigulin distingués en Allemagne

En 1943, dans le cadre du Service du Travail Obligatoire (STO), de nombreux jeunes Français se trouvent réquisitionnés pour travailler en Allemagne. Le Journal de Ruffec du 18 juillet 1943 rapporte une rencontre de football disputée à Lübeck, où l'équipe des travailleurs charentais l'emporte 6 à 1 face à celle de Siems. Parmi les joueurs figurent deux jeunes de Saint‑Aigulin : Nivelle et Sicher.

Le sport tenait une place importante dans le quotidien de ces travailleurs, loin de chez eux. Il offrait un moment de détente, de cohésion et de vie collective au sein de communautés d'ouvriers regroupées par région d'origine.

Cet article constitue aujourd'hui un témoignage sur le parcours de ces deux Aigulinois, présents au STO en Allemagne durant l'été 1943.

Source : Journal de Ruffec, 18 juillet 1943.