Histoire de Saint‑Aigulin

De la gymnastique paroissiale aux grandes heures du football et du cyclisme international.

L’éveil du sport : Les Bluets

En février 1912, naît la toute première société de gymnastique et de sport : les Bluets.. Ce mouvement ancre le sport au cœur du village, avec des rassemblements mémorables sur la place de l’Église.

Signe de son dynamisme et de son succès, la société ne tarde pas à s'officialiser.

Dès 1913, elle inscrit son engagement et sa structure à la Fédération de gymnastique, marquant une étape clé dans l'organisation et la reconnaissance du sport à Saint‑Aigulin.

L'éclosion du sport

1913

Les gymnastes des Bluets prennent la pose place de l’Église, devant la maison Guirado. - 1913

Les Bluets : des succès qui dépassent les frontières du canton

Quelques mois seulement après leur affiliation aux instances sportives nationales, les Bluets de Saint‑Aigulin se distinguent déjà lors des grandes compétitions de gymnastique. Leurs performances témoignent du sérieux de leur préparation et du dynamisme d'une société qui contribue alors à l'essor du sport dans la commune.

La reconnaissance des Bluets ne se limite pas aux manifestations locales. Dès 1913, la société participe à des concours réunissant les meilleures associations gymniques de la région.

À l'occasion du concours interrégional de gymnastique organisé à Petit-Palais, en Gironde, les représentants de Saint‑Aigulin obtiennent plusieurs distinctions remarquées. Ces récompenses illustrent la qualité de l'enseignement dispensé au sein de la société ainsi que l'engagement de ses jeunes et de ses adultes.

Cet article de presse constitue l'un des plus anciens témoignages du rayonnement sportif des Bluets et de la place déjà importante qu'occupe la gymnastique dans la vie locale au début du XXe siècle.

Les Bluets à l'honneur

8 juin 1913

Article publié dans La Croix de Saintonge et d'Aunis du 8 juin 1913 relatant les récompenses obtenues par la société catholique des Bluets de Saint‑Aigulin lors du concours interrégional de gymnastique de Petit-Palais (Gironde).

Le sport s'ancre au cœur du village

Rassemblement des Bluets devant l’ancienne salle des fêtes, à l'emplacement de l'ex-local du bar du Centre.

En 1924, les Bluets organisent une fête sportive d’envergure.

Au programme : athlétisme, saut à la perche et lancer du disque, réunissant les clubs de toute la région (Chalais, Libourne, Montendre...).

La grande fête sportive des Bluets en 1924 — la jeunesse se mesure aux clubs voisins lors des épreuves d’athlétisme.

DateÉvénement
1911Fondation des Bluets par l’abbé Brisson — première société de gymnastique et de sport.
1924Grande fête sportive : athlétisme, saut à la perche, lancer du disque — clubs de toute la région.
1928Fondation de l’Alerte par l’abbé Thomas — patronage sportif et culturel, actif jusqu’à la guerre.
1939–1945Fusion de l’Avant-Garde et de l’Alerte : naissance de l’U.S.A.S (Union Sportive Alerte de Saint‑Aigulin).

L’épopée du football

Créé en 1928, le club s’impose dans les années 1940 comme une place forte du football régional.

Le stade de La Garenne devient alors le «chaudron» des exploits dominicaux et des grandes heures de l’U.S.A.S.

Une aventure exceptionnelle s’écrit entre 1940 et 1963, avec une période particulièrement faste de 1941 à 1954.

L’enceinte de la garenne — le stade historique des exploits dominicaux et des années glorieuses.

L'ascension fulgurante (1939–1950)

En 1939, les Girondins de Bordeaux attaquent leur deuxième saison professionnelle. On note l'arrivée du scapulaire sur leur maillot, et Saint‑Aigulin a l’honneur de recevoir l'équipe réserve des Girondins — pour le club local, c’est la reconnaissance d’un football prometteur de haut niveau.

Réception de la réserve des Girondins en 19369

Le «scapulaire» débarque à Saint‑Aigulin pour un match de haut niveau.

En 1941, l’U.S.A.S s’affilie à la Fédération Française de Football.

Le club va connaître une ascension fulgurante, sous l’impulsion de M. Daniel Daviaud (Notaire et Maire) et de M. Pierre Martin (industriel, adjoint au Maire).

Pierre Martin, dont le nom reste indissociable du club, dirigeait une usine de chaussures et de pantoufles. Cette situation lui permettait d’attirer plusieurs joueurs talentueux en leur proposant un emploi à l’usine.

Avec succès, l’U.S.A.S enchaîne les victoires et s’impose comme l’une des équipes les plus étonnantes de la Ligue du Centre-Ouest. Pendant des années, les joueurs portent haut les couleurs du club en inscrivant de très belles pages dans l’histoire du football de la région.

DateÉvénement
1941Champion du district Maritime — Ligue du Centre-Ouest
1942Champion de la Ligue du Centre-Ouest
1943Champion du District Aunis Saintonge
1944Champion de Division d’Honneur
Jusqu'en 1950L’U.S.A.S évolue au plus haut du niveau régional Division Honneur

1947 — L’exploit historique en Coupe de France

L’U.S.A.S accède aux 32èmes de finale de la Coupe de France — un véritable exploit à l'époque pour des amateurs.

Le dimanche 5 janvier 1947, à Niort, l’U.S.A.S est éliminée par le Football Club d’Angoulême (équipe professionnelle — AS des Charentes), sur le score de 3 à 0.

« ...le public niortais ne ménagea pas ses applaudissements et encouragements aux amateurs de Saint‑Aigulin, qui ne jouèrent jamais battus, mais manquèrent de décisions et de chances devant les buts d'Angoulême. Il a fallu que le club professionnel de l’'A.S des Charentes d'Angoulême mette toute sa science en application pour vaincre les coriaces Aigulinois de Larchevêque, toujours fidèles à leur réputation... » Sud-Ouest, 6 janvier 1947

Cette année-là, l'équipe professionnelle d'Angoulême, qui avait éliminé l'U.S.A.S., parvient en demi-finale de la Coupe de France après avoir battu le Red Star et Reims.

Composition de l’équipe de légende (1947)

Les Héros de l’époque (1947)

1947

Debout : MM. Daviaud, Capelli, Poineau, Pinganaud, Sermot, Larchevêque, Montloo, Pasquis, Dutour / Accroupis : Marcadier, Godet, Arias, Guion, Maury.

Lilian Laslandes, buteur historique des Bleus, est le petit-fils de Louis Capelli, membre de l'équipe de 1947.

1952 — Un nouveau frisson en Coupe de France

La magie de la Coupe opère de nouveau.

Le 30 novembre 1952, l’U.S.A.S se distingue en 64èmes de finale : elle cède sur son terrain du stade de la Garenne (3 à 1 après prolongation) face au FC Tours, club de division nationale emmené par Fred Aston, joueur-entraîneur, 31 fois international français et l’un des meilleurs footballeurs français des années 1940.

« Tours a dû avoir recours à la prolongation pour parvenir à vaincre les joueurs de Saint‑Aigulin, très à l'aise sur leur terrain ; les locaux ont accompli une magnifique partie ne s'avouant jamais vaincus... » Centre-Ouest Football Relais, 4 décembre 1952 Alors que Saint‑Aigulin mène 1 à 0, Tours obtient le match nul dans les dernières secondes du temps réglementaire.

L’U.S.A.S se voit attribuer à deux reprises consécutives, en 1957-1958 et 1958-1959, le challenge Centre-Ouest Football Relais — une répétition de performances exceptionnelle dans l’histoire du football régional.

Hommage à un président bâtisseur

Cette plaque en bronze honore Pierre Martin pour ses 25 années à la tête de l'U.S.A.S. Football. Industriel et adjoint au Maire, il a fait du club une véritable institution, n'hésitant pas à mettre son usine au service du recrutement. Une présidence qui a marqué durablement la mémoire sportive de Saint‑Aigulin.

2013 — La Coupe Aristide Métayer

Le 16 juin 2013 : l’U.S.A.S est vainqueur à Saint-Pierre-d'Oléron de la Coupe Aristide Métayer contre Pont-l'Abbé-d'Arnoult (3 à 0) — Coupe de District réservée aux équipes premières des clubs.

L'heure de la victoire le 16 juin 2013

16 juin 2013

Les joueurs et leur présidente célèbrent la Coupe Aristide Métayer.

📖 Lecture complémentaire : toute l’histoire du football à Saint‑Aigulin Pour aller plus loin et découvrir l’ouvrage complet dédié à l'épopée du football, vous pouvez télécharger le document via ce lien 07 JUIN 2016 HISTOIRE U.S.A.S.pdf

Mise à jour des recherches (2026) La parution de l’ouvrage initial en juin 2016 a été suivie de recherches documentaires approfondies. La mise au jour d'archives inédites permet aujourd'hui d'enrichir l'épopée sportive locale par des précisions historiques précieuses, intégrées ici afin de compléter le récit de cette période.

Un talent local à l’échelle internationale : Paul Jacquier

Du stade municipal aux terrains marocains

L'histoire du football à Saint‑Aigulin est jalonnée de figures marquantes, parmi lesquelles Paul Jacquier occupe une place singulière. Ce gardien de but, présent dans les chroniques sportives de l'époque, a porté les couleurs de la commune bien au-delà des frontières de la Charente-Maritime.

Une trajectoire exemplaire. — Formé au sein du prestigieux S.B.U.C. (Stade Bordelais Université Club), Paul Jacquier rejoint ensuite le club de Saint‑Aigulin, où son talent et sa réputation attirent rapidement l'attention des recruteurs. En 1954, ses obligations militaires le conduisent à Aïn Harrouda, près de Casablanca.

Le 28 juillet, le quotidien Maroc-Presse annonce son intégration comme recrue phare du Racing Athletic Club (R.A.C.) de Casablanca. Décrit comme un «renfort de choix» pour le championnat marocain, il contribue ainsi au rayonnement du football saint-aigulinois hors de ses frontières habituelles.

Un engagement durable pour le club. — De retour en Charente-Maritime à l'issue de son service militaire, Paul Jacquier reprend sa place dans les cages de son club de cœur. Au-delà de ses performances, c'est son implication dans la durée qui le distingue : formateur attentif, il transmet son expérience aux jeunes générations et s'inscrit dans la vie de l'association bien après la fin de sa carrière de joueur.

Un parcours qui témoigne, au fond, de l'attachement profond de certains hommes à leur club et à leur territoire.

Ce cliché de l'équipe 1 A, réalisé par le Studio J. Rilly, vient enrichir les pages consacrées au début des années 1970. Il témoigne avec fidélité de l'ambiance et des visages de cette époque charnière du football saint-aigulinois, et prend place à la page 70 de l'ouvrage.

Tribune Ernest Larchevêque Une mémoire sportive encore en attente Depuis plusieurs années, l’idée de donner le nom d’Ernest Larchevêque à la tribune du stade municipal revient régulièrement dans les échanges autour de la mémoire sportive locale. Figure emblématique du football saint-aigulinois, joueur respecté et profondément attaché à son club, il demeure, pour beaucoup, l’un des symboles des grandes heures de l’U.S.A.S. En juin 2016, à l’occasion du cinquantenaire du stade, un projet de dénomination officielle avait été envisagé. Toutefois, cette initiative fut finalement retirée de l’ordre du jour du conseil municipal du 10 juin 2016 et ne connut pas de suite. Aujourd’hui encore, cette tribune demeure sans nom, laissant ouvert le débat autour de la reconnaissance des grandes figures sportives locales et de la transmission de leur mémoire.

1966 — Un nouveau stade : le passage vers le sport contemporain

La municipalité se dote d’un nouveau stade moderne : l’U.S.A.S football bénéficie ainsi d’une pelouse de qualité, d’une grande tribune pour mieux recevoir le public et de vestiaires confortables.

Un nouveau stade pour une nouvelle ère

1966

Un équipement digne des ambitions de la municipalité pour son club phare - 1966

L'inauguration du nouveau stade a lieu le 12 juin 1966 : une journée de fête rythmée par un Lendit — grand rassemblement sportif et scolaire au niveau départemental. Défilés, fanfare, majorettes, enfants des écoles en tenue colorée : tout Saint‑Aigulin célèbre le sport.

Le Lendit

12 juin 1966

Du 12 juin 1966 transforme le stade en un immense tableau vivant, animé par des exercices de gymnastique d'ensemble sur la pelouse neuve.

Le défilé de tout un village

1966

Les majorettes ouvrent la marche devant un public venu nombreux. - 1966

La fanfare en tête de cortège

1966

Défilé dans les rues avec la fanfare animée avec ardeur, Monsieur Buil donne le tempo de cette journée historique. - 1966

Un vent d'enthousiasme souffle sur la ville

Les Majorettes sous la direction de Madame Buil enchaînent les chorégraphies avec un brio éclatant.

L'esprit de l’U.S.A.S au cœur de la fête

Toutes les générations se retrouvent autour du sport.

Fête du sport 1997

Quand Saint‑Aigulin célébrait le sport et la vie associative

Durant l'été 1997, associations sportives, bénévoles et habitants se réunissent pour une grande fête populaire qui anime les rues du bourg. Défilés, cavaliers, chars décorés, clubs sportifs et animations témoignent du dynamisme de la vie locale et de l'importance du mouvement associatif dans la commune.

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La Fête du Sport de juillet 1997 demeure l'un des grands rendez-vous festifs de la vie aigulinoise. Ces photographies illustrent la mobilisation des associations locales et la participation de nombreux habitants autour d'un événement placé sous le signe du sport, de la convivialité et du partage - Juillet 1997

Les grandes heures du cyclisme

Les prémices du cyclisme

Les pionniers de la petite reine

27 juillet 1913

27 juillet 1913 — Premières traces d'une course cycliste devant le garage Gadrat, au 73 rue Victor Hugo.

Les premiers champions

Le cyclisme à Saint‑Aigulin : un héritage ancré dans la terre, sous l’impulsion de Monsieur Pierre Martin (béret et veste noirs).

Le Grand Prix de la Municipalité

Dans l’histoire du cyclisme régional, peu de communes peuvent s'enorgueillir d'une ferveur aussi vibrante que celle de Saint‑Aigulin.

Depuis 1932, une tradition immuable marquait le calendrier local : le lundi de la fête foraine. Ce jour-là, l’effervescence des manèges laissait place à la tension de la compétition pour le prestigieux Grand Prix de la Municipalité.

Loin d'être une simple course, l'épreuve s'est imposée au fil des décennies comme un rendez-vous majeur du calendrier cycliste international.

Le plateau, d’une qualité exceptionnelle, voyait s'affronter des coureurs de très haut niveau, attirant parfois des pointures internationales et des noms de légende venus défier le bitume charentais.

Le grand prix cycliste : de l'endurance au circuit nerveux

Les origines : le défi des grands espaces

Lors de sa création, l’épreuve affichait un profil radicalement différent, privilégiant l’endurance et la découverte du territoire. La course se disputait alors sur cinq tours d'un circuit de 22 km, totalisant une distance de 110 km. Ce tracé exigeant mettait les organismes à rude épreuve avant d'offrir un dénouement spectaculaire, avec une arrivée jugée en plein cœur du bourg.

L'évolution : la kermesse du circuit nerveux

Par la suite, pour accroître la proximité avec les passionnés, le spectacle s'est déplacé à partir de 1956, sur un circuit nerveux de 1 750 mètres, que les coureurs devaient avaler à soixante reprises.

La singularité de Saint‑Aigulin résidait dans son atmosphère de kermesse, portée par un public vibrant qui bousculait la hiérarchie à coups de primes records.

À chaque édition, plusieurs centaines de spectateurs se massaient le long des barrières, formant une haie d’honneur tout au long du parcours, transformant chaque virage en un véritable stadium à ciel ouvert.

Cette course attirera à Saint‑Aigulin les meilleurs champions de l'époque : Poulidor, Anquetil, les frères Groussard, Bobet, Stablinski, Elliott (grand champion irlandais), et même en 1958 Rik Van Steenbergen avec le maillot de champion du monde (titre obtenu en 1957).

Au cœur de la légende du grand prix

Le souffle de l’histoire

Ce document de 1938 qui annonce la course du 23 mai, nous plonge aux racines d’une passion qui a fait vibrer Saint‑Aigulin.

À l’époque, les champions se livraient bataille sur les routes sous les acclamations d’un public déjà fervent. Cet article de L'Athlète témoigne d'une épreuve qui, dès ses débuts, affichait une ambition internationale.

Déjà sacré à Saint‑Aigulin en 1933 — l'ancien coureur du Tour de France 1928, André Dumont, signe une saison 1938 magistrale. Quelques jours seulement après une nouvelle victoire locale, il s'impose le 26 juin sur la prestigieuse classique Paris-Limoges, triomphant au terme d'un effort héroïque de 365 km.

Le Triomphe de Bergerioux

1939

Un final magistral face à une concurrence redoutable. En mai 1939, le célèbre cycliste Bergerioux s’impose avec autorité dans la région. Il remporte la victoire devant Proust et Bouyer, confirmant ainsi sa domination sur le peloton local.

André Dumont — vainqueur à Saint‑Aigulin en 1933 et 1938 (photo prise à Limoges en 1938 )

Le coup de force de Dolhats

1951

Mai 1951 — Un succès tout en puissance — Albert Dolhats fait honneur à son surnom de «Gros Mollets» en écrasant les pédales pour s'offrir une victoire incontestée. Il s'impose avec autorité devant Raymond Pailler et Pierre Proust, prouvant que sa puissance athlétique est à la hauteur de sa réputation en laissant ses adversaires loin derrière son sillage.

Le classement des ténors

1956

1956 — 1er M. Gonzalez (Girondins) en 3h 13mn devant Ben Brahim et S. Périn. Suivent J. Lemaître, Lesca, Agut, Barraud, Gandin, Barrière, Latour, J. et J.-P. Gras et Devaux.

Le Grand Prix de 1957

1957

Malgré la présence de géants de la route comme Jacques Anquetil et Bernard Gauthier, c'est le talentueux Michel Gonzalez qui s'impose au sprint, offrant au public de Saint‑Aigulin un dénouement mémorable.

Le charme du cyclisme d'antan

1957

1957 — La foule massée derrière les barrières en bois pour la victoire de Michel Gonzalez.

Le « Roi de Saint‑Aigulin »

1957

1957— Michel Gonzalez domine l’épreuve, remise de gerbe mémorable en présence de Monsieur Pierre Martin.

Le podium des géants

1957

1957 — De droite à gauche : B. Gauthier (Champion de France), A. Darnauguilhem, M. Gonzalez (vainqueur), A. Lesca et (x) avec le maillot «Rochet».

Le triomphe de Gonzales

1957

1957 — 1er M. Gonzalez (130 km en 3h 09mn) devant A. Darnauguilhem, A. Lesca, B. Gauthier, J. Anquetil, R. Cazala, J. Bianco, Guitard, J. Gras, Lataste et Castarri.

La convivialité après la course

1957

1957 — Claudie Martin remet le bouquet au vainqueur Michel Gonzalez, avec le speaker Robert Montlong.

Convaincre des champions de venir affronter le circuit aigulinois exigeait des arguments solides. M. Martin, l'organisateur, ne se contentait pas d’une prime de départ : il offrait une hospitalité qui marquait les esprits. Il savait faire miroiter une victoire de prestige et vendre l’ambiance électrique où le public se masse pour voir passer les coureurs.

Ce fut notamment le cas avec Jacques Anquetil.

Une halte cycliste prestigieuse

De gauche à droite : M. et Mme Sicher, Jacques Anquetil, M. Pierre Martin, Mme Anquetil, Guy Epaud, M. Boucherie et sa fille, à La Roche-Chalais.

Souvenir du Soleil d’Or

De gauche à droite : Jacques Anquetil, Janine Anquetil, M. Pierre Martin, M. Boucherie, Guy Epaud, Mme Boucherie et sa fille, à La Roche-Chalais.

Quand les champions s'invitent à Saint‑Aigulin

19 mai 1958

Lundi 19 mai 1958 — Le prestige mondial avec Rik Van Steenbergen (Champion du Monde), S. Elliott, J. Forestier, A. Bouvet, N. Barone et l'élite du cyclisme.

1960 — La nocturne d’été : l’édition légendaire

Entre tradition et modernité, Saint‑Aigulin consolide sa réputation de ville cycliste.

L’ajout d’une épreuve nocturne au mythique lundi de fête métamorphose ce rendez-vous historique en un événement sportif et urbain incontournable.

En 1960, la Nocturne d’été proposait un plateau digne des plus grandes classiques internationales. Cette édition restera dans les mémoires comme l’un des plus beaux exploits de Michel Gonzalez. Face au peloton des « indépendants », on retrouvait des géants : Jacques Anquetil, Louison Bobet, Jean Stablinski ou encore Raymond Poulidor.

Bobet, Cerami, Hassenforder… Saint‑Aigulin en nocturne Dimanche, en nocturne, un attrayant critérium se déroulera à Saint‑Aigulin De nombreuses vedettes internationales y participeront. Louison Bobet, Venturelli, Pino Cerami, Roger Hassenforder, Bernard Gauthier, Gilbert Salvador notamment, et seront opposés à une sélection régionale de valeur comprenant R. Verdeun, Geyre, Darrigade, Gonzalez, Bertrand, Walryck, Archambaud et les Azuréens Stablinski, Siniscalchi, Napolitano, et d'autres encore.

À mi-course, l’Irlandais Seamus Elliott place une attaque foudroyante. Seul Michel Gonzalez parvient à prendre sa roue. Réputé pour sa pointe de vitesse dévastatrice, Gonzalez bat Elliott de quelques centimètres sur la ligne d’arrivée.

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Le choc des titans

1960

1960 — Dans un souffle, Michel Gonzalez fige le destin de l’irlandais Seamus Elliott pour quelques centimètres.

Mieux que tous les commentaires, cet admirable document restitue la lutte acharnée que se livrèrent, sur la ligne d’arrivée de la nocturne de 1960, Elliott (à gauche) et Michel Gonzalez (à droite), battant d'un cheveu le champion irlandais.

Grand Prix cycliste de Saint‑Aigulin

1962

1962 — Claude Cousseau (Parentis) s'impose au sprint devant 30 coureurs.

Les solides du Grand Ouest

20 mai 1963

20 mai 1963 — Victoire de René Barrère de l'U.S. Dax, devant Roger Darrigade (5ème) et le local Guy Epaud (8ème).

Succès de Christian Leduc

17 mai 1965

17 mai 1965 — Michel Gonzalez une nouvelle fois sur le podium.

Sprint royal

23 mai 1966

23 mai 1966 — Victoire de Georges Bolley (bras levé) devant Brux et Bodin, suivis de Le Grévès, Saint-Jean, Beuffeuil, Ben Brahim et Guy Epaud.

Guy Dolhats

1971

1971 — s’impose au terme d’un sprint étourdissant devant les redoutables Esclassan, Lalanne et Danguillaume.

Guy Dolhats

1973

1973 — l’emporte devant Vallade et Villemiane.

Palmarès du Grand Prix (1932–1969)

Cette période témoigne d'une époque épique où l'élite régionale se mesurait aux coureurs professionnels.

Les investigations se poursuivent pour compléter les données manquantes sur certaines années.

DateÉvénement
19321. LAVAL Lucien — 2. * — 3. *
19331. DUMONT André— 2. * — 3. *
1934 — 21 mai1. SERRES Michel — 2. PREVOT R. — 3. TROCH Pierre
1935 — 10 mai1. JAMAY Isidore — 2. LAFORGUE Robert — 3. ROQUEBERT J.
1936 — 18 mai1. BELIARD Robert — 2. VICENTE Demetrio — 3. HARGUES Gabriel
1937 — 17 mai1. HARGUES Gabriel — 2. BERTHOME A. — 3. BADIE H.
1938 — 23 mai1. DUMONT André — 2. BOUCHONNEAU André — 3. BERTHOME A.
1939 — 22 mai1. BERGERIOUX Henri — 2. PROUST Pierre — 3. BOUYER Edouard
1946 — 20 mai1. MARTINEAU Philippe — 2. PROUST Pierre — 3. DOLHATS Albert
1947 — 20 mai1. SERRES Michel — 2. PAILLER Raymond — 3. DUTHEIL Marius
1948 — 17 mai1. GAVELLE André — 2. SIEUZAC Jean — 3. BARNAGAUD Pierre
1949 — 23 mai1. MICAS André — 2. VALLET Claude — 3. GAVELLE André
1950 — 22 mai1. DOLHATS Albert — 2. * — 3. **
1951 — 21 mai1. DOLHATS Albert — 2. PAILLER Raymond — 3. PROUST Pierre
1952 — 19 mai1. BRUN Michel — 2. AUBRY Henry — 3. FRIOU Michel
1953 — 24 mai1. CRUZIN Roger — 2. RANÇON Pierre — 3. BARRIERE Pierre
1954 — 23 mai1. AUBRY Henry — 2. BIDART Jean — 3. VERVIALLE Jean-Louis
1955 — 22 mai1. BISETTO Gino — 2. PINEAU Jacques — 3. BARRIERE Pierre
1956 — 19 mai1. GONZALEZ Michel — 2. BEN BRAHIM Mohamed — 3. PERRIN Settimo
1957 — 20 mai1. GONZALEZ Michel — 2. DARNAUGUILHEM Arm. — 3. LESCA André
1958 — 19 mai1. LESCA André — 2. BATAN Raymond — 3. DUPRÉ André
1959 — 18 mai1. BARRIERE Pierre — 2. ABADIE René — 3. BERTRAND Maurice
1960 — 23 mai1. WALRYCK Daniel — 2. NOGUEROL Georges — 3. IACOPONI Organ
1961 — 22 mai1. GONZALEZ Michel — 2. BIANCO Jacques — 3. BEN BRAHIM Mohamed
1962 — 21 mai1. COUSSEAU Claude — 2. SABBADINI Tino — 3. PROVOST Roger
1963 — 20 mai1. BARRERE René — 2. VIDAL Roger — 3. COUSSEAU Claude
1964 — 18 mai1. SAINT-JEAN Maurice — 2. GONZALEZ Michel —3. SINISCALCHI François
1965 — 17 mai1. LEDUC Christian — 2. DELORT André — 3. GONZALEZ Michel
1966 — 23 mai1. BOLLEY Serge — 2. BRUX Michel — 3. BODIN Jean-Louis
1967 — 22 mai1. MARCARINI Gianni — 2. CUCH Christian — 3. BEN BRAHIM Mohamed
1968 — 20 mai1. TROCHUT André — 2. DAGUERRE Bernard — 3. BRUX Michel
1969 — 19 mai1. HIDDINGA Henk (Hol) — 2. CAMPANER Francis — 3. FEDRIGO Michel

La tradition cycliste continue : La Guy Epaud. — Le flambeau de la mémoire se perpétue à travers cette épreuve en hommage au champion de Saint‑Aigulin, pour que son héritage continue d’écrire l'histoire locale.

Guy Epaud : un Saint‑Aigulinois sur le Tour de France

Né le 21 septembre 1936 à Saint-Vallier (Charente), Guy Epaud a choisi Saint‑Aigulin comme terre d'adoption — et Saint‑Aigulin l'a adopté en retour. Vite intégré à la vie du village, il y est devenu bien plus qu'un habitant : la fierté de toute une commune.

Membre de la prestigieuse équipe Pelforth-Sauvage-Lejeune, il a côtoyé les plus grands noms de l'histoire du cyclisme.

Une jeunesse prometteuse

À 18 ans, Guy Épaud confirme son statut d’espoir régional lors du Grand Prix des Jeunes à Montlieu. Échappé seul au sixième tour d’un circuit accidenté de 65 km, il s’impose «en maître» avec plus de deux minutes d’avance. Sa moyenne supérieure à 39 km/h souligne déjà un tempérament de futur champion.

DateÉvénement
1963 — L’éclosion48ème du Tour. Étape Bagnères-de-Bigorre–Luchon : 3ème, tenant tête à Raymond Poulidor. 3ème également sur Grenoble–Val d'Isère, juste devant Rik Van Looy.
1964 — La consécration2ème sur l'étape Montpellier–Perpignan. 34ème au classement général. Vainqueur du classement par équipes.

Sa régularité et son courage dans les cols font de lui un exemple de persévérance.

Le gymnase qui porte son nom aujourd'hui est le symbole de cet héritage : un homme simple, grimpeur d’exception, qui a prouvé que l'on peut partir de Saint‑Aigulin et briller sur les sommets du Tour de France.

L’homme du Tour de France

Sous le maillot Pelforth, le grimpeur de talent Guy Epaud, qui a porté haut les couleurs de Saint‑Aigulin sur la Grande Boucle.

Bagnères-de-Bigorre-Luchon

1963

1963 — Col de Peyresourde : Guy Epaud en duel avec l’Aigle de Tolède, le légendaire Federico Bahamontes, au sommet des Pyrénées.

Le meilleur Français des sommets

1963

1963 — Étape Grenoble-Val d’Isère — Guy Epaud sacré « Meilleur Français du jour », étincelant sur les sommets alpins de la Grande Boucle.

Les Charentes à l'honneur sur le Tour

1964

1964 — Guy Epaud, porte-drapeau des Charentes au Tour, hissant les couleurs locales parmi l'élite internationale.

En 1964, le monde du cyclisme a les yeux rivés sur le Tour de France.

C’est alors qu’Antoine Blondin, plume légendaire de L’Équipe et figure majeure de la littérature sportive française, choisit de consacrer l’un de ses portraits à Guy Epaud.

À travers le coureur licencié au Royan Océan Club, c’est aussi un habitant de Saint‑Aigulin qui entre, discrètement mais durablement, dans la grande mémoire du Tour.

Quand Antoine Blondin écrit sur Guy Epaud, ce n’est plus seulement une histoire locale : c’est la grande littérature sportive française qui pose son regard sur un coureur établi à Saint‑Aigulin.

Antoine Blondin (1921–1991) Écrivain et journaliste sportif de légende, chroniqueur à L’Équipe pendant plus de trente ans, Antoine Blondin a donné au Tour de France quelques-unes de ses plus belles pages de littérature sportive. Ses portraits de coureurs, mêlant ironie, tendresse et poésie, sont devenus des classiques du journalisme français. En 1964, il consacre à Guy Epaud un portrait intitulé « Un Cincinnatus de poche ». Par cette référence à Cincinnatus, figure romaine symbole de simplicité et d’attachement à la terre, Blondin voit en Guy Epaud bien plus qu’un simple coureur : un homme demeuré fidèle à ses racines paysannes malgré les honneurs du Tour. Sous sa plume, le champion devient un personnage de littérature, où la malice charentaise rencontre la noblesse des sommets. J’ai choisi de restituer ici l’intégralité de ce texte, précieux témoignage de cette année 1964 où Guy Epaud achevait son parcours sur le Tour de France sous le regard d’Antoine Blondin.

Extrait du journal L'Équipe

1964

1964 — Sous la plume d’Antoine Blondin, Guy Epaud, champion de Saint‑Aigulin, entre dans la chronique du Tour.

Chroniqueur sportif Antoine Blondin — connu pour ses articles sur le Tour de France.

«Un Cincinnatus de poche» Antoine Blondin — L'Équipe, 1964 PERPIGNAN. — Dans l'ombre dorée du Palais des rois de Majorque s'ouvre l'étroite tranchée de la rue des Fabriques-Couvertes. Le soleil se tient en équilibre sur le bord des gouttières, des Catalanes charbonneuses se tiennent en équilibre sur le bord du trottoir. Rien ne bascule. Au seuil d'une échoppe balzacienne, un vieux graveur darde un regard étonné par-dessus ses lunettes : une camionnette et deux voitures hérissées de vélos encombrent l'antre des plaisirs. Des mécaniciens aux torses luisants manipulent des pédaliers et des dérailleurs. Le Tour de France instaure un souk méticuleux au cœur de l'empire indécis du vin de muscat. C'est là que Maurice De Muer, mentor de l'équipe Pelforth-Sauvage-Lejeune, a établi son camp volant, dans un hôtel d'une rare chasteté où l'on s'attendrait néanmoins à entendre tintinnabuler une marche. De Muer est une personnalité extrêmement attachante. Il rend à l'exercice du rôle de directeur sportif son plein emploi. Où Raphaël Géminiani, tonnant et exaltant, eût fait d'autres merveilles en d'autres circonstances, il a conduit ses hommes à la conquête du Maillot Jaune, du maillot vert et des casquettes privilégiées du Challenge «Martini» par équipes. Ce sont là des miracles de l'esprit d'entreprise, de la lucidité et de la courtoisie. On peut avoir une faible pour Raphaël, on ne peut se défendre d'avoir un fort pour Maurice. La bonne franquette n'explique pas tout, mais plutôt un art extrêmement raffiné d'adaptation entre les fins et les moyens. On aimerait présenter ce gentil gang, qui fait sécher ses trophées au balcon, sous le jour d'un équipage de corsaires. Il n'en est rien. Ni le parfum sulfureux qui s'attache au baroud ni l'esprit de famille toujours un peu benêt ne rendent compte de cette réussite. C'est l'élégance du geste et une extraordinaire conscience professionnelle qu'il faut invoquer ici. Aux miracles du cyclisme, De Muer oppose une garde prétorienne où chacun peut briguer les galons de centurion. Nul ne s'en prive, dans une harmonie que chaque étape menace et renforce. Ce n'est pas Georges Groussard, premier au classement général, que nous étions venus voir. Cependant, il était là, perdu sur un lit à deux places comme sur un radeau. Il tripotait les «Maillot Jaune» et les brassards qu'il a accumulés depuis quelques jours, vautré dans le symbole de cette prépondérance qu'il assume avec une modestie résolue. Car il n'est pas l'homme à qui l'on demande : «Comment comptes-tu le préserver ?», mais bien : «Quand envisages-tu d'abdiquer ?» Cette question ne le désoblige pas, il y répond avec le sang-froid qui est le label de l'équipe. Seule, la petite ficelle fétichiste, dont son compagnon et compatriote Foucher s'est entouré la cheville, introduit ici la dimension ensorcelée des choses que l'on ne s'explique pas. Non, c'était Epaud, qui a terminé second à Perpignan, que nous désirons respirer comme on prend l'air du pays. Il offre les apparences d'une pomme d'api et respire sa Charente avec allégresse. Mais l'on flaire en lui un dauphin des champs, comme il y a des dauphins des villes. Apprenti-vedette, lors du dernier Tour, il semblait n'avoir pas confirmé dans les Alpes les promesses ailées qu'il avait fait naître. C'était méconnaître les conditions extrêmement pénibles d'une course où, dit-il : «Nous avons une drôle de chose à défendre». Cette chose, c'est le Maillot de Groussard, auquel il émerge au moins pour un quart de manche. Cultivateur dans la poche de Royan, Epaud n'avait pas pour parent le cultivateur de la fable. Son père, ancien coureur, lui offrit une bicyclette, lorsqu'il obtint son certificat d'études. «Mais, ajoute-t-il, il me l'aurait offert de toute façon». Son sillon était sur les routes. Chez les Epaud, si « un trésor est caché dedans », c'est dans l'homme et celui-ci, éclatant de santé, de franchise et de malice, porte les reflets de la pépite. M. Péraudeau, animateur du Royan Océan Club, fit le reste. Maurice De Muer, qui exploite actuellement ce discret filon, connaît des satisfactions de chercheur d'or. Aujourd'hui, sur cette route d'Andorre, qu'il a parcourue l'été passé en compagnie de son épouse, Epaud tissera des souvenirs avec des projets. Son père, ses oncles, ses cousins l’attendront sous la banderole. Ils parleront de récoltes et de moissons à ce petit Cincinnatus que sa charrue attend. Une charrue qu'il a la sagesse de ne pas mettre avant les jeux . Car l'aventure de la bicyclette demeure son joli souci et il ne se sent jamais mieux payé de ses peines que lorsqu'il peut donner au Maillot Jaune, son ami, un bon coup d'Epaud. Cet agriculteur qui croit enfin, qu'il vaut mieux parfois être le second à Perpignan que le premier dans son village.