Érigé en 1923 sur la place de la Victoire, le monument aux morts rend hommage aux soldats de la Grande Guerre et aux combattants des conflits plus récents. Il incarne le devoir de mémoire de la commune, où chaque nom gravé raconte une histoire, un sacrifice.
Construction et localisation : un choix de cœur et de lieu
En mars 1921, sous l’impulsion du maire Antoine Baudou, le Conseil municipal lance le projet. Un débat anime alors la commune : faut-il installer le monument place de l’Église ou sur la place du Champ de Foire ? C’est cette dernière option qui l’emporte, donnant plus tard son nom actuel à la place de la Victoire.
Le financement fut assuré par une souscription publique, une subvention départementale et le budget communal.
Une œuvre monumentale et ses symboles
Inauguré en 1923, le monument culmine à 7,80 mètres , et se compose de trois éléments distincts, conçus pour durer et témoigner.
À l’origine, l’ensemble du monument fut réalisé sur les plans de l’architecte M. F. Suret. Il était entouré d’une élégante grille circulaire en fer forgé de 6 mètres de diamètre, exécutée par le forgeron local M. Henri Lozes.
Les travaux de maçonnerie furent confiés à M. Isidore Boisvert.
Aujourd’hui disparue, cette grille témoignait du soin apporté à l’aménagement du monument.
Souvenir des enfants du pays
Les Aigulinois à l'honneur dans la presse de guerre (octobre 1916)
Au cœur de la Première Guerre mondiale, la presse régionale publie régulièrement les distinctions et citations accordées aux soldats qui se sont illustrés au combat.
Deux articles parus dans L'Écho rochelais des 18 et 21 octobre 1916 témoignent de l'engagement et du courage de plusieurs habitants de Saint‑Aigulin.
La Médaille militaire
Parmi eux figure Alexandre Patry, caporal au 123e régiment d'infanterie. La presse souligne ses « belles qualités d'entraînement et d'énergie ». Déjà blessé une première fois puis revenu au front, il est de nouveau grièvement atteint au combat et perd l'usage de son œil droit. La Médaille militaire lui est alors décernée en récompense de sa bravoure.
Henri Devaure, soldat au 21e régiment colonial, reçoit également la Médaille militaire. Le journal souligne qu'il fut un « très bon soldat », distingué dans tous les combats auxquels il prit part. Blessé au cours des opérations, il perdit l'usage de son œil droit.
Quelques jours plus tard, Ludovic Dupuy, soldat au 68e régiment d'infanterie, est également mis à l'honneur. La citation publiée dans la presse évoque un « bon soldat » à la « belle attitude au feu », grièvement blessé et amputé de la cuisse gauche.
Citations à l'ordre du jour
Parmi les Aigulinois distingués figurent également :
— Paul Gendreau, canonnier au 24e régiment d'artillerie ;
— Jean Frichou, sous-lieutenant au 48e escadron du train des équipages ;
— Pierre Beauvais, soldat au 34e régiment d'infanterie, grièvement blessé ;
— Léonce Villateau, sous-lieutenant au 2e régiment de tirailleurs ;
— Alexandre Desage, sergent au 4e régiment colonial ;
— Alphonse Bouchaud, canonnier au 24e régiment d'artillerie.
Aujourd'hui, ces articles de presse constituent de précieux témoignages de la reconnaissance accordée aux enfants du pays qui servirent la France durant la Grande Guerre.
Si ces hommes furent honorés pour leur courage, d'autres ne revinrent pas.
Les distinctions et citations publiées dans la presse locale témoignent de l'engagement des habitants de Saint‑Aigulin sur les différents fronts de la Grande Guerre. Elles rappellent les épreuves, les blessures et les sacrifices consentis par toute une génération.
Aujourd'hui, ces articles de presse demeurent de précieux témoignages de la reconnaissance accordée aux enfants du pays qui servirent la France durant le premier conflit mondial.
| Période | Événement |
|---|---|
| Verdun, La Somme, La Marne | Batailles gravées sur l’obélisque. |
| 1914–1918 | 71 noms gravés sur le socle ; plaque complémentaire ajoutée ensuite. |
| Afrique du Nord | Plaque pour les soldats tombés en AFN. |
| 18 août 2008 | Plaque pour le Sergent Damien Buil, mort en Afghanistan . |
Morts pour la France : les nombreuses mémoires
À propos des noms inscrits sur le monument
La liste des soldats inscrits sur le monument peut différer de celle du Livre d’Or du ministère des Armées. Après 1918, chaque municipalité établissait ses propres listes, incluant parfois des soldats résidant dans la commune, même s’ils y étaient nés ailleurs
Aujourd’hui, le monument comporte 71 noms gravés directement dans la pierre en 1923. Sept autres noms, ajoutés ultérieurement sur une plaque de pierre rapportée, complètent cette liste. Sur cette plaque, contrairement au monument original, les prénoms apparaissent en toutes lettres, offrant un dernier hommage plus personnel à ces hommes.
Les archives communales, les registres militaires et le Livre d’Or du ministère des Pensions présentent parfois certaines différences, liées aux périodes auxquelles ces documents furent établis après la guerre.
Ces variations s’expliquent notamment par des informations militaires tardives ou incomplètes, des rattachements à d’autres communes, des corrections administratives ou encore des demandes formulées après l’inauguration du monument.
L’ordre des noms ne suit ni l’alphabet ni la chronologie des décès. Aucune archive ne permet aujourd’hui d’expliquer ce choix, peut-être dicté par des considérations locales ou des priorités mémorielles de l’époque.
Au-delà des chiffres et des inscriptions, ces noms gravés dans la pierre sont avant tout le témoignage vivant de l’engagement et du sacrifice des enfants du pays. Ils rappellent que chaque nom cache une histoire, une famille, et une vie offerte pour la France.
Les noms gravés sur le socle du monument en 1923, retranscrits en respectant scrupuleusement l’orthographe des inscriptions gravées dans la pierre et classés par ordre alphabétique.
| ARNOUIL P. | AUDOIRE C. | BERGEOT P. |
|---|---|---|
| BIREAU P. | BLANC A. | BLANC C. |
| BOISDRON L. | BOIVERT P. | BON J. |
| BOSSION F. | BOSSION H. | BOUCHAUD R. |
| BOUCHERIE R. | BOURONCLE L. | BOUTON G. |
| BOUTON J. | BRANCHUT V. | BRISSET J. |
| CHABAUD L. | CHADEFAUD P. | DAUBIGEON J. |
| DAUBIGEON L. | DEVILLE J. | DOMENGER F. |
| DOUCHEPIE M. | FARGUES L. | FAUCON P. |
| FORGET J. | FRICHOU A. | GELIX J. |
| GENDREAU G. | GERVREAU E. | GOUZILH F. |
| GOUZILH J. | GOUZILLE J. | GUERIN L. |
| GUIBERT E. | GUILLEMIN A. | GUILLEMIN G. |
| JOLINEAU S. | LACOMBE L. | MALVILLE O. |
| MANON L. | MARTIN H. | MAURICE L. |
| MAURICE P. | MERCIER J. | METREAU F. |
| MOREAU L. | NIBERON E. | NICOLLE R. |
| NOBLET R. | PASQUET A. | PASSEREAU L. |
| PEINTRE J. | PERSEGOUT R. | PIGOT P. |
| POUPOT A. | PRADON S. | RANCHOU F. |
| RANCHOU L. | ROBERT F. | ROBERT P. |
| ROUX R. | SALMON N. | SERIN M. |
| SOULET P. | TOUCHET E. | VEILLON M. |
| VERDON F. | VERDON P. | VINCENT J. |
Les noms ajoutés ultérieurement sur la plaque du monument
| BOUCHERIE Marcel | CAILLEAU Moïse | DERAME Marcel |
|---|---|---|
| DURAND Pierre | LAVAUD Albert | LEGENDRE Pierre |
| RANCHOU René |
La stèle du Souvenir au cimetière
"Requiescat in pace" — Élevée à la mémoire des enfants de la commune morts pour la France durant la Grande Guerre, cette stèle demeure un témoignage discret mais poignant du sacrifice de toute une génération.
Stèle du souvenir dans le cimetière
1914Guerre 1914–1918 — Requiescat in pace — Élevée à la mémoire des enfants de la commune morts pour la France durant la Grande Guerre.
À ses côtés, une autre stèle rend hommage aux soldats tombés durant la Seconde Guerre mondiale. Gravée dans la pierre, elle porte ces mots :
"Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie ont droit qu’à leur tombeaux la foule vienne et prie"
Ces deux monuments, unis par le même devoir de mémoire, rappellent que l’hommage aux enfants du pays dépasse les époques
Saint‑Aigulin honore ses morts sans distinction d’époque
Les conflits d’Afrique du Nord
Une plaque noire aux lettres dorées rend hommage aux 30 000 soldats tombés en Afrique du Nord : Maroc, Tunisie, Algérie. Ces conflits, longtemps silencieux, ont marqué durablement les familles aigulinoises.
Souvenir du sergent Damien Buil (18 août 2008)
Fixée sur le monument aux morts de la commune, la plaque dédiée au sergent Damien Buil, mort en Afghanistan le 18 août 2008, prolonge la tradition mémorielle.
Cité à l’ordre de l’Armée pour son courage au combat, il reçut à titre posthume la Croix de la Valeur militaire avec palme de bronze. Par décret du 30 octobre 2008, la Nation lui décerna également la dignité de Chevalier de la Légion d'honneur, la plus haute distinction française, afin d'honorer son sacrifice.
Le destin voulut qu’il tombe le jour même de ses 31 ans. Un nom de plus gravé dans la pierre — celui d’un enfant du pays qui n’est pas revenu. Le sacrifice n’appartient pas seulement aux pages jaunies de l’Histoire : il a un visage, un nom et une famille.
Hommage national
8 mai 2009Le 8 mai 2009, Hervé Morin, ministre de la Défense, entouré de la famille du sergent Damien Buil, assiste aux côtés des autorités civiles et militaires au dévoilement de la plaque apposée au monument aux morts en hommage à ce jeune militaire mort pour la France.
L’honneur du courage
18 août 2008Ce document officiel reproduit la citation à l’ordre de l’Armée décernée au sergent Damien Buil après sa mort en Afghanistan, le 18 août 2008. Il témoigne de l’héroïsme dont il fit preuve au combat et de l’hommage rendu par la Nation à son sacrifice.
La reconnaissance suprême de la Nation
Remise à titre posthume, cette distinction honore le courage et le sacrifice du sergent Damien Buil. Elle demeure l’un des témoignages les plus marquants de l’hommage rendu à sa mémoire.
La place en images
Pour prolonger ce récit, découvrez ces cartes postales anciennes. Elles offrent un précieux témoignage visuel de la place de la Victoire et du monument tels qu’ils s’offraient au regard de nos ancêtres.
La grille de protection
À l’origine, une grille en fer forgé protégeait l’ensemble.
Les deux maisons des frères Courret
Construites à l’identique au début du XXe siècle.
Le Monument aux Morts
La grille en fer forgé qui entourait l’édifice n’est plus en place.
La Statue de la Victoire
Vue de face. Elle se dresse avec majesté sur le monument.
L’Obélisque
Inscription de la face principale : À nos morts glorieux
Quand le bourg change de visage
Le paysage urbain autour de la Place de la Victoire s’enrichit de nouveaux bâtiments, dont l’édifice de la Poste.